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Comprendre le Parc national

Le cas exemplaire de Port-Cros

Mérou brun dans les eaux de l'îlot de la Gabinière. Crédit photo : Claude Lefebvre

Depuis la création du Parc national en 1963, la réglementation en cœur a toujours été très stricte avec une interdiction totale de la chasse sous-marine. Des mesures déterminantes pour des espèces comme le Mérou brun et le Corb, particulièrement vulnérables à cette pratique.

En cœur de Parc national, la pêche professionnelle est autorisée, mais strictement encadrée par une charte spécifique, avec un nombre limité de pêcheurs artisanaux habilités, des techniques sélectives et des périodes de pêche définies. 

La plongée sous-marine est autorisée également, mais réglementée, avec des sites définis et une limitation du nombre de plongeurs pour minimiser l'impact sur les habitats et les espèces. 

Même chose pour la plaisance avec des zones de mouillage interdites et d’autres, réglementées. 

La réglementation

Près de 30 ans de collaboration avec les pêcheurs

Depuis 2000, le Parc national de Port-Cros mène avec les pêcheurs professionnels un travail collaboratif de gestion de l’activité dans les eaux du cœur marin de Port-Cros. Une expérience pilote en Méditerranée partie de la mise en place en 1999 de la « Charte de la pêche professionnelle ». 
Elle a permis de définir un cadre de collaboration entre les pêcheurs professionnels, le Parc national et les scientifiques. 
Ce cadre instituait, entre autres, une zone de pêche réservée aux pêcheurs pros, en contrepartie de quoi, ces derniers se sont engagés à remplir des carnets de capture à chaque fois qu’ils venaient pêcher à Port-Cros. 
Deux autres outils sont venus compléter le dispositif : le comptage des signaux de pêche réalisé par les agents du Parc national et l’embarquement de scientifiques et d’agents du Parc national à bord des navires de pêche, pour observer directement les captures et bien connaitre les pratiques : engins, périodes de pêche, etc. 
 

“ Même si ça a été dur au début, tout le monde a fini par s’impliquer car les professionnels ont compris qu’il n’y avait pas de mesures pénalisantes à la clé, mais des mesures concertées. Ça a fonctionné et permis de mettre en place des régulations sur les mailles et les longueurs de filets, les durées et les heures de calée qui ont évolué et continuent d’évoluer. ”
—
Laurence Le Diréach, directrice du Groupement d’intérêt scientifique Posidonies

Des résultats concrets

L'exemple emblématique de deux espèces sentinelles
Le Mérou brun et le Corb représentent de véritables ”Grands Témoins” de l'efficacité des mesures de protection mises en place à Port-Cros depuis 50 ans. 
Leur présence et leur comportement nous racontent l'histoire de la restauration écologique marine. Ces deux espèces sont particulièrement vulnérables à la pêche ciblée, notamment la chasse sous-marine, en raison de leur croissance lente, leur maturité sexuelle tardive et leur comportement peu fugitif.

Des résultats spectaculaires mais progressifs  
Les recensements visuels menés depuis les années 1970 montrent une augmentation spectaculaire des populations : en 54 ans (1970-2024), les effectifs de Mérous ont été multipliés par + de 100 autour de Port-Cros, et en 34 ans (1990-2024), la population de Corbs a été multipliée par plus de 18.

“ Ce succès n'a pas été immédiat. Après la création du Parc en 1963, nous avons observé une longue période de latence avant que les populations ne commencent à se reconstituer significativement, ce qui souligne l'importance d'une protection sur le long terme. ”
—
Jean-Georges Harmelin, Directeur de recherche honoraire en biologie marine au CNRS et membre historique du Conseil scientifique du Parc national de Port-Cros

Les facteurs de succès… et les défis

Un contexte favorable
Le succès de la protection à Port-Cros résulte d'une combinaison de facteurs : la protection stricte contre les prélèvements ciblés dans le Parc, le moratoire sur la pêche du mérou en vigueur depuis 1993 à l'extérieur du Parc, et un contexte climatique favorable pour ces espèces méridionales.
Le réchauffement climatique a en effet favorisé la reproduction locale du mérou, auparavant impossible dans le nord du bassin méditerranéen occidental, contribuant ainsi à la dynamique positive des populations.

Le modèle de la Gabinière
L'îlot de la Gabinière à Port-Cros constitue un modèle de restauration écologique : en 38 ans, la population de Mérous y a été multipliée par 19, passant de 14 individus estimés en 1973… à 268 en 2011. Plus récemment, en 2024, environ 300 individus ont été comptabilisés autour de la Gabinière qui concentre encore une grande partie des individus. Depuis 2005, les effectifs se sont stabilisés, suggérant que ce site a atteint sa capacité d'accueil maximale en mérous, déterminée par les ressources disponibles en nourriture et en habitats.

Les enseignements

Trois enseignements majeurs s’imposent après plusieurs décennies d'expérience

  • L'approche écosystémique intégrative (approche qui intègre l‘ensemble de l’écosystème) est plus efficace et moins coûteuse que l'approche espèce par espèce 
  • Le mode de gestion MUM (Multi-Use Management), où la pêche artisanale est autorisée sous conditions strictes, a démontré son efficacité quand elle s'appuie sur la sectorisation des usages et le suivi continu de l'effort de pêche et des captures.
  • Les écosystèmes marins méditerranéens sont des socio-écosystèmes où l'homme et la pêche artisanale ont toute leur place et peuvent même contribuer à un état plus "naturel" du milieu.

Le rayonnement de l’expérience de Port-Cros pour la gestion et la conservation

Une référence pour la Méditerranée
Les populations de Mérous et de Corbs à Port-Cros montrent qu'en l'absence de pêche ciblée, les habitats méditerranéens côtiers peuvent soutenir des populations abondantes, sans commune mesure avec ce que l'on observe généralement en dehors des Aires Marines Protégées. Cette situation a conduit l'UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature) à classer ces espèces comme “en danger” pour le Mérou, et “vulnérable” pour le Corb, soulignant l'importance des zones protégées pour leur conservation.

La nécessité d'une protection à long terme
La lenteur du processus de restauration justifie le maintien à long terme des mesures de protection telles que le moratoire sur la pêche du Mérou et son extension souhaitable au Corb. L'expérience de Port-Cros montre qu'une protection efficace nécessite de la patience : les effets les plus spectaculaires se manifestent après plusieurs décennies.

Des outils face aux menaces émergentes
Les suivis à long terme du Mérou et du Corb constituent des références inestimables pour évaluer la qualité des mesures de gestion et, plus largement, le statut des communautés littorales. Ces suivis permettent également de maintenir une veille face à des menaces émergentes, comme les épidémies à nodavirus qui ont provoqué des mortalités dans certaines populations méridionales de mérous.

Une vision « référence » à l’échelle globale
L'effet réserve ne se limite pas à ces deux espèces emblématiques. La protection bénéficie à l'ensemble de l'écosystème, avec des chaînes trophiques (alimentaires) plus équilibrées et une biodiversité accrue. L'augmentation des effectifs s'est accompagnée d'une expansion territoriale.

Port-Cros représente aujourd'hui un véritable laboratoire à ciel ouvert qui nous montre à quoi pourrait ressembler la Méditerranée sans surpêche, offrant une vision de référence pour les objectifs de restauration écologique.