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Comprendre le Parc national

Aire Marine Protégée (AMP) : derrière le sigle, quelle protection et quels résultats ?

Parmi les nombreux dispositifs de protection de l’environnement marin qui existent en France, savez-vous à quoi correspondent les Aires Marines Protégées dont on entend souvent parler ? 

Est-ce qu’une AMP c’est la même chose qu’un Parc national ? 
S’agit-il d’outils différents, complémentaires ? 
Et a-t-on, concrètement, une idée de l’efficacité de ces dispositifs ? 
On fait le point…
 

Comprendre le principe

Parc national ou parc naturel marin, réserve naturelle, Natura 2000, Aire Marine Protégée… 
En France, la protection de l’environnement marin repose sur un ensemble de dispositifs pas toujours faciles à différencier. Il s’agit d’outils, de zonages, de labels qui se recoupent, se superposent et parfois s’additionnent… Si bien que l’on peine à s’y retrouver. Essayons d’y voir plus clair…

En fait, un Parc national qui a une partie maritime est une Aire Marine Protégée (AMP).

Le Parc national de Port-Cros, premier parc « marin » créé en Europe en 1963, est donc la première Aire Marine Protégée mise en place en France métropolitaine. 
Mais, pour info - et pour être tout à fait exact - sachez que la création de la toute première Aire Marine Protégée en France remonte à 1941 en Nouvelle Calédonie, au large de l’île Leprédour.
 

Qu'est ce qu'une Aire marine protégée ?

Il existe différents types d’AMP, avec :

  • des objectifs, 
  • des modes de gestion et 
  • des niveaux de protection variables. 

Selon leur statut, les activités humaines peuvent y être encadrées, réglementées ou interdites… mais ce n’est pas systématique ! 

La plupart des AMP cherchent à concilier la préservation du milieu marin avec le maintien d’activités humaines durables.

Quels sont les différents types d'AMP en France ?

Ils instaurent la protection la plus forte, avec des zones de cœur strictement réglementées et même des zones de réserve intégrale, comme l’île de Bagaud à Port-Cros. En Méditerranée, il en existe deux : le Parc national de Port-Cros et le Parc national des Calanques.

Elles établissent une protection forte visant des éléments naturels spécifiques.

Exemple :  la Réserve marine protégée de Cerbère-Banyuls, sur le littoral catalan français a été créée en 1974 pour sauvegarder le long d’une côte soumise à une très forte pression touristique les 1 200 espèces recensées, dont certaines emblématiques de Méditerranée comme les coraux et le mérou.

Elles définissent un cadre pour protéger des habitats nécessaires à certaines espèces. Dans la région, c’est le cas de l’Embouchure du Var (Nice) pour la protection des sternes et des gravelots, espèces protégées. 

Ils concilient protection et développement durable des activités humaines, mais uniquement sur de grands espaces marins, pas sur terre. 

En Méditerranée, il en existe deux :
- le Parc naturel marin du Golfe du Lion (2011) - 4 010 km² et 
- le Parc naturel marin du Cap Corse et de l'Agriate (2016) 6 830 km², soit le plus grand parc naturel marin de France métropolitaine.
 

Ils font partie d’un réseau européen visant à préserver des habitats naturels et des espèces d’intérêt communautaire, tout en tenant compte des activités humaines. Ils concernent notamment les herbiers de posidonie, les récifs, les mammifères marins ou encore les oiseaux marins. Par exemple, les sites Natura 2000 « Rade d’Hyères » et « Îles d’Hyères » contribuent à la préservation des herbiers de posidonie et des populations d’oiseaux marins, notamment les puffins.

Elles correspondent notamment à des portions du domaine public maritime confiées par l’État au Conservatoire afin d'assurer une gestion cohérente des espaces naturels terrestres et marins. C'est le cas autour de l'île du Grand Rouveau (archipel des Embiez) ou du cap Taillat (La Croix-Valmer / Ramatuelle).

Elles sont destinées à protéger, restaurer ou gérer des zones clés pour les ressources de pêche.

Le Parc naturel régional de Camargue est le seul Parc naturel régional de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur (région Sud) à posséder une façade et une partie maritime.
 

C'est le cas par exemple de la Réserve nationale de chasse et de faune sauvage du golfe du Morbihan.

Elles sont créés selon leurs réglementations propres (Polynésie française, Nouvelle-Calédonie, Wallis-et-Futuna)

Il s'agit notamment :

  • Des zones humides Ramsar.
  • Des biens inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO.
  • Des réserves de biosphère de l’UNESCO.
  • Des aires spécialement protégées d’importance méditerranéenne (ASPIM).

La vocation des Aires Marines Protégées

Les AMP ont avant tout pour vocation de contribuer à la préservation du patrimoine naturel marin, et aussi, selon les territoires, du patrimoine culturel maritime (comme les savoir-faire, les épaves, etc.). 
Elles visent également, pour certaines, à favoriser une gestion durable des activités humaines. 
Lorsqu'elles s'accompagnent de mesures de protection adaptées, elles peuvent notamment contribuer à la préservation des ressources halieutiques et bénéficier, à terme, à la pêche artisanale.
 

L’effet réserve

Dans les zones bénéficiant d’une protection suffisamment forte, notamment lorsque les prélèvements sont interdits ou fortement limités, les populations de poissons peuvent se reconstituer. On observe alors, selon les espèces et les conditions locales, une augmentation de leur abondance, de leur biomasse (le poids de tous les individus, des plus petits alvins aux plus gros adultes) et de leur taille : c’est ce qu’on appelle l’effet réserve.

Cette reconstitution peut également bénéficier aux zones de pêche voisines, grâce à deux mécanismes : 

  • L’effet de débordement (spillover) : c’est-à-dire le déplacement de poissons, notamment adultes, depuis la zone protégée vers les zones périphériques.
  • L’exportation d’œufs et de larves : les individus reproducteurs présents dans la zone protégée peuvent contribuer au renouvellement des populations au-delà de ses limites. Ces bénéfices ne sont toutefois pas automatiques. Ils dépendent notamment du niveau de protection, de la superficie et de la localisation de la zone, des espèces concernées et de l’efficacité des mesures de gestion.

Ainsi, dans un contexte de déclin de certaines ressources halieutiques en Méditerranée, les AMP bénéficiant de mesures de protection adaptées peuvent contribuer à la préservation des écosystèmes marins et à la durabilité des activités de pêche artisanale.

Les différents modèles de gestion

Il existe deux modèles de gestion des Aires Marines Protégées, ils sont complémentaires :

  • Les zones NTZ (No-Take Zones) : où toute forme de pêche est prohibée (comme dans la réserve de Scandola en Haute-Corse)
  • Les zones MUM (Multi-Use Management) : où la pêche artisanale est autorisée sous conditions strictes, ce qui la rend durable et compatible avec la protection du patrimoine naturel. Le modèle MUM reconnaît que l'homme fait partie intégrante du socio-écosystème marin méditerranéen. L’expérience montre que les résultats en MUM sont comparables à ceux issus de la gestion NTZ. 

C’est le modèle MUM qui est appliqué par le Parc national en cœur de parc à Port-Cros avec une charte de pêche stricte qui permet de concilier préservation des écosystèmes et rentabilité économique des pêcheurs. 

Avec plus de 60 ans d’expérience, le Parc national de Port-Cros est un pionnier et un exemple majeur de protection réussie.

Le cas exemplaire de Port-Cros

À Port-Cros, la réglementation a toujours été très stricte avec une interdiction totale de la chasse sous-marine depuis 1963, ce qui a été déterminant pour des espèces comme le Mérou brun et le Corb, particulièrement vulnérables à cette pratique.

Quels enjeux aujourd’hui pour les AMP ?

Les Aires Marines Protégées (AMP) françaises font face à de nombreux défis qui peuvent compromettre leur efficacité.

Les enjeux écologiques

  • Le changement climatique qui se concrétise avec l’acidification des océans, l’élévation de la température de l'eau, la modification des courants marins et la montée du niveau de la mer qui perturbent les écosystèmes protégés
  • L’arrivée des espèces invasives : des espèces non-indigènes comme la caulerpa ou le poisson-lion se propagent en Méditerranée
  • Les pollutions marines : les macro-déchets plastiques, microplastiques, pollutions chimiques et acoustiques qui traversent les frontières des zones protégées
  • Une forte pression de pêche sur la faune marine déjà fragilisée

Les enjeux socio-économiques

  • La pression touristique qui se caractérise par une surfréquentation saisonnière, particulièrement en Méditerranée et, on l’a vu, dans le territoire du Parc national sur les îles d’Hyères. 
  • Les conflits d'usage qui génèrent des tensions entre activités professionnelles ou de loisirs (pêche, transport maritime, plongée, plaisance, etc.) 
  • Le développement économique local qui nécessite de concilier conservation et maintien des activités économiques traditionnelles
  • La valorisation des services écosystémiques : car il reste difficile de donner une valeur financière aux services gratuits que nous rend la nature, et faire reconnaître la valeur économique des écosystèmes protégés.

L’ensemble de ces enjeux nécessite collaboration renforcée entre scientifiques, gestionnaires, usagers et décideurs politiques pour garantir l’efficacité des AMP à long terme.

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