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Patrimoine Culturel

Le Parc national de Port-Cros, source d'inspiration intemporelle

Le village de Port-Cros en 1931

Entre Hyères et la presqu'île de Giens, les îles d'Or — Port-Cros, Porquerolles et Le Levant — composent depuis des siècles un décor à part, où la lumière méditerranéenne, la forêt dense et les criques secrètes semblent appeler la création. Ces îles ont inspiré les plus grands noms de la littérature et du cinéma français, sans compter les peintres et photographes qui, à travers le temps, ont témoigné de l'esprit des lieux.

Une terre disputée avant d'être une terre rêvée

Avant de devenir un refuge pour artistes, les îles d'Hyères ont d'abord été un enjeu stratégique et un théâtre d'affrontements, dont le patrimoine bâti garde aujourd'hui la mémoire. Dès le XIIe siècle, les habitants subissent les incursions de pirates barbaresques. Parmi eux, le tristement célèbre amiral ottoman Khizir Khayr ad-Dîn, dit Barberousse, pille les îles en 1530 avant de les libérer de l'occupant espagnol quelques années plus tard. Pour protéger la population de ces attaques, Richelieu fait édifier vers 1630 plusieurs ouvrages défensifs — la Tour de l'Éminence, le Fort de l'Estissac, le fort de Port-Man — qui constituent encore aujourd'hui l'un des traits marquants du paysage insulaire.

Ce passé mouvementé, fait de vestiges romains, d'une vingtaine de forts militaires et d'une trentaine d'épaves englouties, a lui-même nourri l'imaginaire : c'est cette même géographie tourmentée, faite de caps et de criques, que les écrivains et les artistes redécouvriront, quelques siècles plus tard, comme un refuge propice à la création.

Porquerolles/Fort Sainte Agathe © Ch. Gérardin - Parc national de Port-Cros
Fort de l'Estissac © H. Bergère
Fort de l'Eminence © H. Bergère

Port-Cros entre les deux guerres : un « foyer intellectuel » autour de la Nouvelle Revue Française

L'arrivée du couple Henry et la naissance d'un lieu de vie littéraire

L'histoire de Port-Cros comme terre d'inspiration commence véritablement avec l'installation, en 1919, de Marceline Henry sur l'île, en compagnie de son amant, le poète Claude Balyne ; son mari, Marcel Henry, la rejoint peu après. Le couple tombe amoureux de l'île, en devient propriétaire et lui redonne vie après les ravages de la Première Guerre mondiale, en ouvrant une hostellerie provençale. Passionnés de littérature et de musique, ils accueillent bientôt de nombreux écrivains et artistes, séduits par l'isolement et l'atmosphère si particulière de l'île, qui devient au fil des séjours un véritable foyer intellectuel.

Jean Paulhan, artisan du rayonnement de l'île

C'est cependant Jean Paulhan qui va le plus durablement marquer l'île et en faire la destination favorite des écrivains et artistes de son époque. Rédacteur en chef de la Nouvelle Revue Française à partir de 1925 — la revue qui fut alors, selon les mots du site, « le miroir de la vie intellectuelle en France » —, Paulhan découvre Port-Cros à l'automne 1925. Il négocie avec Marceline Henry la location du fort de la Vigie, point culminant de l'île, qu'il rêve de transformer en véritable « fort de la NRF ». Dans les années 1930, il y invite tour à tour Jules Supervielle, Henri Michaux, André Gaillard, Marcel Arland, Richard Aldington ou encore André Gide, qui viennent chercher à Port-Cros le calme studieux propice à l'écriture. Cette vie intellectuelle s'interrompra avec l'arrivée de la guerre en 1939.

Des plumes multiples réunies par l'île

Plusieurs figures se distinguent particulièrement dans cette histoire commune :

  • Jules Supervielle (né en 1884, poète et écrivain franco-uruguayen) séjourne longuement sur l'île, où lui rendent visite André Gaillard, le peintre Georges Rouault, Marcel Jouhandeau ou Henri Michaux.
  • Saint-John Perse (Alexis Leger de son vrai nom), poète, diplomate et futur prix Nobel de littérature (1960), découvre tardivement les îles d'Hyères mais ne les quittera plus. Ami personnel de Marceline Henry, il fréquente l'île durant tout l'entre-deux-guerres aux côtés d'André Gide, de Jean Paulhan et d'André Malraux.
  • Richard Aldington, écrivain britannique, fait également partie des habitués invités par Jean Paulhan.
  • Selon le site, l'auberge du couple Henry voit ainsi défiler Jules Supervielle et sa famille, les filles de Paul Valéry et d'André Malraux, le couple Renaud-Barrault, et jusqu'au romancier américain Robert Penn Warren.

André Malraux : de l'île au parc national

Parmi ces écrivains reçus à Port-Cros figure André Malraux, auteur de La Condition humaine, prix Goncourt en 1933. Devenu ministre, c'est lui qui sera à l'origine, en 1963, de la création du Parc national de Port-Cros — refermant ainsi la boucle entre l'île qui a nourri des générations d'écrivains et l'aire protégée qui préserve aujourd'hui ce même paysage.

Aujourd'hui : marcher sur les pas des écrivains

Le Parc propose désormais un itinéraire de randonnée baptisé le « Sentier des écrivains », qui invite à explorer la forêt méditerranéenne de Port-Cros sur les traces des membres de la Nouvelle Revue Française, pour mieux comprendre comment la magie des paysages et l'ambiance si particulière de l'île ont pu inspirer ces grands esprits littéraires.

André Malraux © salon-litteraire.com
Jules Supervielle © bibliobs.nouvelobs.com

Porquerolles et la lumière des peintres

Si Port-Cros attire les hommes de lettres, l'île voisine de Porquerolles séduit tout autant les artistes visuels.

André Gide, fasciné par Porquerolles

L'écrivain André Gide découvre Porquerolles le 16 juin 1922, en compagnie du couple de peintres Van Rysselberghe et de leur fille Élisabeth. Cette rencontre avec l'île le marque à un point tel qu'il y fait allusion dans plusieurs de ses ouvrages, dont Correspondance, Les Nourritures terrestres, Le Voyage d'Urien et La Porte étroite.

Théo Van Rysselberghe, peintre néo-impressionniste

Peintre belge installé dans le Var à la fin des années 1890, Théo Van Rysselberghe se lie d'amitié avec de célèbres écrivains, dont André Gide, qui séjourne lui aussi longuement sur l'île de Porquerolles. Ses œuvres, notamment ses portraits de personnages rêveurs traités dans une subtile alchimie de couleurs, contribuent à donner à ses sujets un caractère presque irréel, transcendant l'instant présent.

Paul Signac, la lumière du littoral varois

Figure majeure du mouvement néo-impressionniste et président, à partir de 1908, de la Société des artistes indépendants, Paul Signac est l'un des peintres les plus célèbres de son temps. Passionné de voile, il navigue sur son petit bateau dans presque tous les ports de France, en ramenant d'impressionnantes esquisses d'aquarelles colorées, peintes « sur le motif », qu'il transpose ensuite en grandes toiles élaborées à la manière d'une mosaïque de petits points colorés. Sa proximité avec les côtes varoises en fait l'un des grands témoins picturaux de cette lumière méditerranéenne qui façonne aussi le paysage du Parc national.

André Gide © bibliobs.nouvelobs.com

Le septième art s'empare des îles d'Or

L'inspiration ne s'arrête pas à la littérature et à la peinture : le cinéma trouve lui aussi, dans les îles, un décor à sa mesure.

En 1965, Jean-Luc Godard pose sa caméra sur l'île de Porquerolles pour y tourner une partie de son film Pierrot le fou, avec Jean-Paul Belmondo et Anna Karina. Le site du Parc souligne que chez Godard, tout est allusion à l'art : décors sublimes et répliques poétiques se répondent. La plage Notre-Dame, avec ses eaux turquoise, son rivage en pente douce et son sable fin, ainsi que la maison ayant servi de décor au film, comptent aujourd'hui parmi les attractions incontournables de l'île — un itinéraire de randonnée, sur la côte nord de Porquerolles, permet même de marcher « sur les pas de Pierrot le fou ».

Une inspiration toujours vivante : les artistes contemporains

Le rôle du Parc national comme territoire d'inspiration ne s'est pas arrêté avec le XXe siècle. 

Les résidences d'artistes

Le Parc national de Port-Cros a fait de l'accueil d'artistes en résidence un axe à part entière de sa politique culturelle. Plasticiens, vidéastes, céramistes viennent chaque année s'inspirer de ce territoire si riche. L'art sert aussi d'outil de sensibilisation : après l'incendie du Cap Lardier, une résidence organisée à la Croix-Valmer a permis à la photographe Lucia Guanaes de documenter la régénération de la végétation, donnant lieu à une exposition, un film et un livre. 

La formation

A cela s'ajoute un travail de sensibilisation avec les écoles et les établissements d'enseignement supérieur. Les étudiants en design de l'ESAD-TPM travaillent régulièrement avec le Parc national pour imaginer le monde de demain.

La Fondation Carmignac

Depuis l'ouverture de la Villa Carmignac le 8 juin 2018, la Fondation Carmignac est devenue un acteur culturel majeur de Porquerolles, en dialogue constant avec le Parc national pour réunir nature et culture. Nichée entre pins et mer, la Villa présente chaque saison une exposition d'art contemporain et s'entoure d'un jardin labellisé « Jardin remarquable », pensé comme un espace de nature préservée où s'épanouissent cistes, lavandes d'Hyères et orchidées rares. 

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